Bacchanale à Val-D'or

Isabelle Bernard

Résumé


Les critiques de Jacques Ferron ignorent habituellement ce bref conte qu'est  «Retour à Val-d'Or». Ce texte sibyllin par son ambivalence ouvre pourtant le recueil des Contes 1 et présente les enjeux thématiques de l'oeuvre, d'où son importance. Il s'agit ici d'analyser la mythographie de la femme dans «Retour à Val-d'Or». L'étude approfondie du personnage féminin permettra de reconnaître dans le mythe de Dionysos la source primaire du conte. Une discussion sur les non-dits de ce mythe et ses implications alimentera le débat sur l'émergence d'une nouvelle mythologie de la Québécoise, typiquement ferronienne.[...]


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Références


La deuxième édition des Contes (Montréal, HMH, 1968) a été utilisée.

Euripide, le premier, sait exploiter ce comportement déviant pour les

besoins de sa tragédie Les Bacchantes.

Edith Hamilton, La Mythologie: ses dieux, ses héros, ses légendes,

Paris, Mar~bout, 1978, p. 57.

Lire à ce sujet Mikhail Bakhtine, L'Oeuvre de François Rabelais et la

culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris,

Gallimard, 1970.

René Girard, La Violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972, p. 170.

On n'a qu'à penser à «Mélie et le boeuf», «Une fâcheuse compagnie» et

«Le perroquet» par exemple.

René Girard, La Violence et le sacré, op. cit., p. 181.

«La raison de la folie est d'abord sociale: on sélectionne un certain

nombre de sujets, on les déclare irresponsables et on se sert d'eux

comme repoussoirs pour que la grande majorité des gens se tiennent

responsables de tout ce qu'ils font, ce qui facilite grandement leur

gouvernement» (Jacques Ferron, Du fond de mon arrière-cuisine,

Montréal, Editions du Jour, 1973, p. 221).

Jean-Pierre Boucher, Les «Contes» de Jacques Ferron, Montréal,

L'Aurore, 1974, p. 127.

«Jacques Ferron a affirmé quelque part que dans une famille, ou bien ce

sont les parents qui doivent assumer la folie, ou bien ce sont les

enfants qui sont nés d'eux» (Victor-Lévy Beaulieu, Docteur Ferron:pèlerinage, Montréal, Stanké, 1991, p. 374).

Le mythe de la Caverne se trouve dans le livre VIT de LLl République de

Platon.

«Quand on ne voit pas ce qu'on ne voit pas, on ne voit même pas

qu'on ne voit pas» (Paul V eyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? :

essai sur l'imagination constituante, Paris, Seuil, 1983, p. 127).

Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Paris,

Gallimard, 1972, p. 539. Comme l'a écrit Jacques Ferron: «Et si la

folie n'était qu'une révolte contre ce qui offense l'humanité?» (Du fond

de mon arrière-cuisine, op. cit., p. 264 ).

Edith Hamilton, LLl Mythologie: ses dieux, ses héros, ses légendes, op.

cit., p. 62.

Jean-Pierre Boucher, Les «Contes» de Jacques Ferron, op. cit.,

p. 127. Ferron souligne d'ailleurs le traitement positif de la folie chez

Shakespeare: «Elle n'est pas un motif d'exclusion; au contraire, elle est

un principe de sagesse et d'ouverture à toute innovation par sa

puissance d'improvisation» (Escarmouches/, Montréal, Leméac, 1975,

p. 371).

6 Clémence Ramnoux, La Nuit et les enfants de la Nuit dans la tradition

grecque, Paris, Flammarion, 1986, p. 57.

Mircea Eliade, Aspects du mythe, Paris, Gallimard, 1963, p. 159.

Jean Marcel, Jacques Ferron malgré lui, Montréal, Parti pris, 1978, p.

Voir «Papa Boss» dans Les Confitures de coings et autres textes,

Montréal, Parti pris, 1972, pp. 9-110. «Et Papa Boss, c'est le dieu

tout-puissant du dollar américain, représenté dans le conte par la

Asshold Finance qui tient à la gorge les plus démunis de la société en

leur faisant crédit. Une fois entré dans l'engrenage de la Asshold

Finance, il est impossible de s'en sortir autrement que par la folie ou

bien la mort après des années passées à végéter dans les bas-fonds de

l'être, et dans une paupérisation toujours de plus en plus grande»

(Victor-Lévy Beaulieu, Docteur Ferron, op. cit., p. 130).

Ferron ne cache pas son admiration pour Rabelais (Escarmouches II,

op. cit., p. 59.) et Donald Smith relève certaines similitudes entre les

deux auteurs («Les idées sociales dans l'oeuvre de Jacques Ferron», thèse

de Ph. D., Université d'Ottawa, 1979, p. 86.). Dans mon mémoire de

maîtrise je démontre que l'écriture ferronienne s'inspire des méthodes

critiques de Rabelais («Les Contes de Jacques Ferron: une mythologie

de la Renaissance», thèse de M.A., University of Kansas, 1989).

André Belleau, Notre Rabelais, Montréal, Boréal, 1990, p. 68.

Un Pays qu'il définira vaguement en ces termes: «Le Québec, prétexte à

ce que tu ne sais pas encore très bien, c'est ta liberté tout simplement»

(Du fond de mon arrière-cuisine, op. cit., p. 188).

3 Le conte «Le déluge» exprime bien cet effet diluvien et cathartique de la

neige chez Ferron: «Bientôt la neige tomba et la drôle de maison, se

détachant de Fontarabie, se mit à flotter; elle passa lentement au-dessus

de la génération perdue, arche dérisoire, barque des impuissants, audessus

du bonhomme au fond du déluge, qui brandissait son terrible

bâton» (Contes, op. cit., p. 124).

Patricia Smart, Écrire dans la maison du père, Montréal,

Québec/Amérique, 1990, p. 33.

Le nationalisme ferronien diffère-t-il de celui des autres auteurs

québécois, au point d'échapper à toutes les généralisations? TI reste à le

redéfinir.

Colloque organisé dans le cadre du Salon du livre en 1963. Le Devoir,

avril 1963, p. 7.

Janine Boynard-Frot, Un matriarcat en procès: Analyse systématique de

romans canadiens-français, 1860-1960, Montréal, Les Presses de

l'Université de Montréal, 1982, p. 162; et Patricia Smart, Écrire dans

la maison du père, op. cit., p. 324.

8 Lire à ce sujet Pierre Ansart, Idéologies, conflits et pouvoir, Paris,

Presses Universitaires de France, 1977, p. 30.

Marcel Détienne, L'Invention de la mythologie, Paris, Gallimard,

, p. 9.


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